La compétitivité et l’optimisation financière

Publié le par Oui-mais

Depuis quelque temps il est souvent question que la France doit augmenter sa compétitivité. D’après les spécialistes (spécialistes de quoi?) l’industrie française n’est pas assez compétitive par rapport à la concurrence internationale. Pourtant, les Français travaillent plus que leurs voisins européens et ont plus de productivité. Il faut croire que productivité et compétitivité n’ont rien à voir.
Ma thèse : il n’est pas question de plus de compétitivité mais d’une augmentation de la rentabilité financière pour les grandes entreprises, ce qui est bon pour Vinci Bouygues etc. est forcément bon pour l’état et les citoyens. Il faut être ami des propriétaires de ces firmes pour le croire.

Définissons d’abords les termes
Productivité : 1. Caractère productif. ‘La productivité d’un placement.’ 2. Rapport du produit aux coûts de production. ‘Accroître la productivité en remplaçant les ouvriers par des machines, en formant professionnellement les ouvriers.’ (Micro Robert 1989) - autre définition : 1. Fait d’être productif. 2. Rapport mesurable entre une quantité produite (de biens, par ex.) et les moyens (machines, matières premières, etc.) mis en œuvre pour y parvenir. (Petit Larousse 2001)
Productif : 1. Qui produit, fournit qqch. ‘Un sol peu productif.’ 2. Qui rapporte de l’argent, qui est rentable. ‘Un capital productif.’ (Petit Larousse 2001)

Compétitivité : Caractère de ce qui est compétitif. (Petit Larousse 2001). Compétitif : 1. Susceptible, grâce à ses qualités, à ses caractéristiques, de supporter la concurrence. ‘Prix compétitif. Entreprise compétitive.’ 2. Où la concurrence est possible. ‘Marché compétitif.’ (Petit Larousse 2001) la définition du Robert est identique. - Mon Robert connaît seulement compétition (et pas compétitivité) qu’il défini comme “Recherche simultanée par deux ou plusieurs personnes d’un même avantage, d’un même résultat.”

En lisant ces définition, je déduis :
S’y il a productivité cela implique la rentabilité de l’affaire.
Si l’affaire rapporte de l’argent, cela signifie que le bien se vend.
Si le bien se vend, c’est que son prix est compétitif.
Si le prix est compétitif, c’est qu’il y a de la compétitivité.

Pourquoi alors, le discours que la France manque de compétitivité, tout en ayant des entreprises productives et donc logiquement compétitives?

C’est que vous n’avez rien compris.
Il n’est absolument pas question de vendre quelque chose à un prix honnête (que je comprends comme un prix qui couvre tout les frais et permet à tous les intervenants de vivre correctement, sans excès), il est question de faire le plus de bénéfices possibles, au seul profit des propriétaires / actionnaires de l’entreprise. Il s’agit d’un paris dangereux, mais comme nos “spécialistes” adhèrent au concept, tout baigne - pour les riches propriétaires pas pour les citoyens français.


Des exemples à l’appui de ma thèse
Homeaway, un acteur important sur le marché international des portails d’annonces de locations de vacances.
L’entreprise, côté nasdaq, a été créée en 2008 par des investisseurs des Etats Unis pour faire un maximum de profit sur le dos des petits propriétaires de maisons et appartements de vacances. Dans ce but ils ont racheté des portails leaders dans leurs pays, en France par exemple Abritel. Maintenant, ils offrent une annonce de base à un prix raisonnable. Seulement avec une annonce de base votre bien reste invisible, car sur la page six, sept ou encore plus loin dans les résultats de recherche. Vous objectez qu’il n’y a pas tant de biens dans une région donnée? C’est qu’il y a aussi les biens de la région qui annoncent sur un autre site appartenant à homeaway et si quelqu’un paie un supplément pour avoir plus de visibilité à l’international il passe en première page. On vous suggérera de payer un abonnement plus cher pour avoir la garantie d’être affiché en page une pendant quelques jours. Mais, payer plus ne veut pas toujours dire, louer mieux. Dans ce cas l’annonceur ne renouvelle pas son annonce, et moins d’annonceurs égal moins de choix pour les gens à la recherche d’une location d’été, les visiteurs risquent de délaisser le site pour un concurrent. Deux solutions pour Homeaway (qu’il pratique) 1. racheter un maximums de portails pour avoir un quasi-monopole et 2. Faire des contrats à tacite reconduction - vous oubliez d’annuler à temps et on débite votre compte pour la souscription d’une année supplémentaire. (Lisez le rapport annuel pour les investisseurs c’est marqué.)
L’intérêt n’est pas de proposer un bon service pour mettre en relation les vendeurs et acheteurs, mais de tirer un maximum de bénéfice des annonceurs tout en offrant le minimum de services nécessaires pour qu’ils restent.

Les syndics de copropriétés. Depuis un certain nombre d’années des grandes groupes d’investissement et des banques ont racheté des syndics. L’objectif? Gagner plus en travaillant moins. Le numéro de juin 2013 de Que Choisir leur consacre un article (Réaction des syndics : le loup ... loupé). Est cité un ex-employé d’un grand groupe qui dénonce le fait qu’il avait ordre de générer un maximum d’actes avec facturation hors forfait pour faire du chiffre à la place d’un travail de qualité. L’article mentionne l’affaire des comptes miroirs d’Urbania. Pour le dire simplement, Urbania a utilisé l’argent de la trésorerie des copropriétaires pour avoir une ligne de crédit du même montant à sa banque en toute illégalité. Le but était d’encaisser les bénéfices des placements. En plus, au lieu de faire des placements sûrs, ils ont investit dans des placements à risque - et perdu au poker. Résultat de cette affaires et des surfacturations, les copropriétés ommencent à quitter les grands groupes de gestion. (Ces syndics doivent être tristes qu’on peut pas extorquer des sous sans fin.) Du coup il y a certains groupes qui revendent leur branche administration de biens. Urbania est actuellement géré par IPE (Investors in Private Equity).

Si l’idée des personnes possédant beaucoup d’argent est de gagner beaucoup tout en payant les employés et ouvriers un minimum en insistant sur le fait présumé qu’il ne peuvent pas faire autrement pour être “compétitif” ils oublient un “détail”. Ce sont ses même employés et ouvriers qui achètent leurs produits et services avec leurs salaires. Moins de salaires égale moins d’argent à dépenser égale moins de pouvoir d’achat.

Notre système capitaliste actuel est basé sur le principe de la consommation, pour que les entreprises fassent des bénéfices il faut qu’elles vendent toujours plus. Si les consommateurs font défaut, les bénéfices disparaissent. Actuellement, les entreprises essaient de garder les bénéfices en licenciant des employés, ceux qui restent doivent travailler plus pour moins d’argent (pas d’augmentation de salaires, cadences plus élevées). C’est un cercle vicieux.

L’état dans tout cela?
L’état français souscrit cette logique. Il donne des aides aux grandes entreprises, qu’elles n’utilisent pas pour investir et embaucher mais pour augmenter leurs marges, tout en accusant le système social d’être trop cher. C’est la part des cotisations des salariés qu’il faut augmenter ou baisser les services, d’après eux. Ainsi, les salariés ont moins d’argent à dépenser.
Maintenant, on commence à voir les résultats.
L’état, pour baisser sa dette, a augmenté l’impôt sur le revenu. “Les rentrées sont passées de 20,3 milliards à 22,5. Soit une hausse de 11 %” (Canard enchaîné, 12 juin 2013). Ce sont les familles avec un revenu confortable (les fameuse 5.000 € par mois) qui sont touchées par la hausse - pas les chômeurs en fin de droit qui de toute façon ne consomment presque plus rien. Mais une famille qui donne 11 % de plus aux fisc ne peut pas utiliser cette somme pour consommer des biens. Conséquence “les recettes de TVA, qui représentent la moitié des ressources d’Etat, baissent de 2,3 %” les recettes sur le carburant ont également baissé, car voitures et camions roulent moins (le canard).
Si la tva baisse cela signifie que les entreprises ont vendu moins de produits. Cela s’appelle récession.
S’acharner dans la voie de l'austérité n’arrangera rien du tout. Cela pourra être sujet d'un article en attendant vous pouvez lire l'article dans le Point, un blog de Médiapart, le Monde .... il y a de nombreux autres commentaires.

 

Productif mais pas compétitif

Au printemps, j'ai écouté sur France Culture une émission où une sociologue parlait de la peur des entreprises françaises de collaborateurs compétents. Le chef doit avoir plus de compétences que ceux qu'il dirige. Si l'on reste longtemps sur un poste, surtout s'il est assez technique, on acquiert de plus en plus de compétences. Les chefs n'aiment pas cela et la parade est simple, restructurer les services. (Si quelqu'un peut me retrouver le titre du livre ... je me rappelle juste que c'est une femme qui l'a (co)écrite.)

Il y a quelques jours j'ai discuté avec une connaissances, dont le fils travaille dans un grand groupe agro-alimentaire. Il a fait plusieurs missions à l'étranger pour eux. Il aimerait rester et évoluer dans le groupe. Refus par non-réaction, il est en train de chercher un autre travail et n'exclut pas de quitter la France.

Et que dire des offres d'emploi pour des postes de "directeur de centre de vacances", travail tous les week-ends de juillet-août, responsable d'une équipe, faire les plannings etc. Salaire : le smic ! J'ai vu plusieurs de ces offres, exploitation pur, et mépris du salarié, qui ne va pas être trop motivé. Mais l'employeur est capable de se plaindre qu'il ne trouve pas de personnel compétent, voyons !

Publié dans Economie

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